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Slashers, ces profils disruptifs qui font bouger les lignes

Avez-vous déjà entendu parler des slashers, ces profils disruptifs qui repensent le rapport au travail dans une optique pluri-activité ? Responsable commerciale « slash » prof de yoga le week end. Courtier « slash » rédacteur web. Le terme anglo-saxon renvoie à ceux qui exercent volontairement plusieurs métiers, qu’ils soient liés ou non entre eux. « Slasher » n’est pas nouveau mais le terme permet de mieux l’assumer.

CDI vs passion, les lignes bougent

Animés par la question de l’épanouissement et de la liberté, rebutés par la routine professionnelle, les slashers recherchent du sens. Ils incarnent une considération très moderne : celle du choix. On n’a qu’une vie : autant en vivre plusieurs ! Cette tendance semble se confirmer chez la jeune génération : 1 jeune de la génération Z sur 2 estime que le CDI a vocation à disparaître. Si le CDI reste un Graal, c’est pour ce qu’il permet : louer un appartement, obtenir un prêt. Beaucoup de slashers sont des « salariés hybridés » qui cumulent un job stable et une aventure entrepreneuriale « passion ». Dans le cas des jeunes, c’est différent : il démissionnent vite d’un CDI alimentaire. Bien évidemment, il existe plusieurs types de slashers aux motivations variées – mon objectif ici n’est pas de les détailler.

Les entreprises sont-elles alertes sur le changement de vision que les jeunes incarnent par rapport au travail ? Télétravail, pluri-activité, volonté de conserver qualité une vie personnelle au détriment du « faire carrière » : les jeunes font bouger les lignes, de même que les profils dits « atypiques » qui ne rentrent pas dans des cases et qui représentent pourtant des atouts considérables pour les entreprises. Si tant est que celle-ci soient capables de leur proposer un cadre de travail et un plan de carrière épanouissant.

Vous avez peut-être appris un mot, aujourd’hui. Quant à moi, j’ai mis un mot sur mon refus de m’enfermer professionnellement dans une case pour m’offrir la liberté d’accepter des missions qui ont du sens. Finalement, mon indépendance n’est pas un refus d’intégrer une entreprise mais une manière de garder le contrôle, le choix. Et de re-questionner le sens de mes missions à chaque projet. Je suis consultante en communication / responsable développement et communication / auteure de livres / intervenante à la Digital School. Ça nécessite de la flexibilité et de l’organisation mais ça me rend épanouie et tellement motivée ! L’esprit a besoin de diversité.

Quelle perception de ces profils ?

La crise sanitaire nous a poussés à repenser notre façon de travailler et de contribuer à la société. Même après le confinement, le télétravail n’est pas une évidence pour beaucoup d’entreprises. Quid des profils « atypiques » en entreprise ? Que pensent vraiment les recruteurs de ces profils disruptifs que l’on pourrait taxer d’instabilité ou d’individualisme ? Comment gérer le casse-tête de la pluri-activité dans un profil LinkedIn dont le template n’offre qu’une vision verticale et chronologique ? Et assumer que cela ne pourra jamais matcher avec des entreprises qui proposent des déroulés de carrière classiques ? 

Mon profil est extrêmement bien accueilli par certains interlocuteurs qui me sollicitent justement pour l’aspect disruptif. Ils démontrent du respect par rapport à mes engagements, mon besoin de liberté tout en m’accordant une grande confiance et un cadre de travail flexible. C’est un grand bonheur, mais je mentirais en omettant de dire qu’ils sont rares. D’autres fois, je fais face à l’incompréhension d’interlocuteurs pour qui superposer des activités signifie de pas être « vraiment investi » dans ces dernières, ou rime avec instabilité, indécision ou schizophrénie professionnelle. Les démissions sont interprétées comme « des échecs » et parfois on ne comprend pas que j’aie démissionné d’un CDI « parce que je voulais plus ». 

Les entreprises ont des raisons d’être frileuses à l’égard de ces profils. Si elles recrutent des collaborateurs capables de se projeter avec elles sur le long terme, elles sont en droit de se demander dans quelle mesure elles peuvent miser sur un profil disruptif, que ce soit un slasher, un HP… Elles ont aussi de nombreuses raisons de trouver des façons de collaborer avec eux et de tirer profit de leurs qualités en leur offrant un cadre de travail fertile pour leur créativité. La confiance me semble un enjeu primordial pour repenser nos conceptions liées au travail.

Vers une conception plus agile du travail 

Nous payons les erreurs d’aiguillage d’un système éducatif qui prône les filières scientifiques pour accéder aux grandes écoles mais qui n’apprend pas une chose essentielle : se connaître, découvrir ses talents et ses différentes intelligences. Laisser émerger nos singularités, les assumer, et trouver sa juste place. Au lieu de cela, le système éducatif nous demande de rentrer dans le moule et nous formate à devenir experts. Cet énorme décalage, ça donne des burn-out, des bore-out… 

À mon sens, on est encore loin d’un monde où les entreprises et les profils qui ne rentrent pas dans les clous auraient développé une relation win-win. D’un terrain de créativité et d’initiatives, de conceptions agiles du travail dont ils pourraient tous deux tirer profit au maximum. Ou d’une réalité où l’on simplifierait les démarches administratives de ceux qui cumulent plusieurs statuts.

Je crois qu’il est temps d’aborder la conception du travail de façon plus progressiste en prenant en compte les réalités que sont la prolifération des burn-out, les difficultés des entreprises à recruter, les désillusions et les quêtes de sens des jeunes générations… Et d’élargir ses perspectives.


Vous vous reconnaissez dans le profil du slasher ? Vous occupez des fonctions RH et avez rencontré des profils dits « atypiques » ? Vous avez des anecdotes, un feed-back à partager ? Au plaisir de vous lire.

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